Thomas Erber

Son Cabinet de Curiosités

Thomas Erber | Son Cabinet de Curiosités parisianisme magazine thomas erber cabinet de curiosités paris 2015

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Véritable touche-à-tout de l’art, du design et de la mode, Thomas Erber est à l’origine de la réfection des Bains, conseille de nombreuses marques et artistes de la ville lumière. Mais son statut d’ambassadeur d’un nouveau cool traverse les frontières et c’est à l’étranger qu’il a récemment sévi à l’aide de son concept unique, son Cabinet de Curiosités. Mi-catalogue / mi-magazine, son oeuvre regroupe les valeurs et domaines qui lui sont chers. En résulte un portfolio unique de ceux qui font la différence dans le monde d’aujourd’hui. C’est à l’occasion de la sixième édition du Cabinet de Curiosités que nous avons rencontré Thomas à son domicile parisien.

– Quel a été ton premier métier?

Je zonais beaucoup lorsque j’étais étudiant et j’adorais la musique même si je ne savais pas particulièrement jouer d’un instrument. Un jour, un ami m’a appelé, un copain de fiesta tu vois, et il m’a annoncé qu’il venait de gagner un concours pour relancer un magazine. Il m’a invité à rencontrer les Rédacteurs en Chefs, qui étaient très ouverts et avec qui je me suis bien entendu. Ce fut le commencement de l’Optimum. À l’époque, Emmanuel Rubin était Rédacteur en Chef avec Christophe Rodirou. On a lancé le journal ensemble et je me suis occupé de la partie musique.

Après une dizaine d’années, j’en eu envie de passer à autre chose. J’avais énormément voyagé, j’avais passé beaucoup de temps en boite de nuit, à rencontrer des gens d’un peu tous les milieux… J’ai fini par gagner une petite notoriété dans cet univers. Des marques ont commencé à faire appel à moi pour l’organisation d’évènements. Je suis resté très proche du milieu de la musique, on m’appelait aussi pour faire des pochettes de disque, organiser des concerts privés. Il y a 6 ans, j’ai changé de mode de vie en arrêtant le journalisme. J’étais plutôt Parisianisme que Paris Match. Ca se vérifiait dans mon intérêt pour le design, dans les goûts musicaux. J’avais de plus en plus de mal à exercer un métier où l’on me demandait de m’intéresser à la Real TV et aux matchs de foot…

– Alors quand on ne s’épanouit plus dans son métier… c’est qu’il est temps de changer?

Voilà. Jai passé une année à regarder derrière, à faire une sorte de pause, à casser mes habitudes pour revenir avec le Cabinet de Curiosités. J’ai eu envie de personnaliser et de moderniser ce concept, de l’appliquer aux domaines que j’aimais explorer lorsque j’étais journaliste. Il y avait du sens dans la curation, un vrai sens : je venais de passer 15 ans à voyager à travers le monde, à rencontrer tellement de gens. En plus de bien les connaitre, j’avais acquis une forme d’expertise en réalisant leurs photos, leurs DA.

Aujourd’hui, tout est agrégé à cause d’Internet. C’était beaucoup moins le cas il y a 10 ou 20 ans. Du coup les gens ont un accès à l’information qui démultiplie aussi leurs centres d’intérêt. La revue Apartamento n’aurait par exemple jamais pu exister il y a dix ans. Tu ne pouvais pas t’intéresser au design tout simplement parce que l’on en parlait pas. Il y avait un ou deux magazines professionnels vendus en kiosque, réservés aux initiés mais c’est tout. Tu peux maintenant à la fois faire du design et y avoir accès. L’offre et la demande est importante et grandissante car les deux s’alimentent. J’ai imaginé ce Cabinet de Curiosités dans l’idée de réunir tous ces gens autour d’un projet commun dédié à la création, lié à un esprit de notre époque et pas à un esprit passéiste. Essayer d’être dans le présent.

Au début, le Cabinet des Curiosités devait être un one-shot. Je suis allé voir Sarah (Andelman) chez Colette, qui a validé l’idée et on l’a fait ensemble. Le premier évènement s’est déroulé dans la boutique rue Saint-Honoré et j’ai édité un très beau livre. C’était l’occasion de mettre en évidence les savoirs-faire que j’avais acquis en tant que journaliste durant ces années. J’ai également demandé aux invités créatifs de sublimer leur savoir-faire, en créant des pièces uniques ou en éditions limitées spécialement pour le Cabinet de Curiosités. Le concept a bien fonctionné parce que je me suis logé à la même enseigne que les invités. Je ne me suis pas enrichis à leur dépend, au contraire, cet évènement n’est pas commercial. Je sublime juste le concept du catalogue pour produire une oeuvre unique et hors norme.

Une fois le premier Cabinet de Curiosités terminé, j’ai voulu recommencer. Cela aurait été dommage de ne pas en faire d’autres. J’en ai donc produit un nouveau chaque année dans une ville du monde différente, c’est comme ça que le concept actuel est né. Je suis parti chaque année au mois de décembre, et me suis associé avec un Concept Store local type Colette. Par exemple Browns à Londres, ensuite Andreas Murkudis à Berlin. J’ai aussi collaboré avec Maison Kitsuné à New York, lors de l’ouverture de la boutique du NoMad Hôtel et aussi parce qu’on est copains depuis 20 ans. Chaque édition est différente et prend un peu plus d’ampleur.

Le Cabinet de Curiosités présente de nombreuses collaborations issues de différents domaines : Schaefer expose un sac seau en cuir tandis que la marque de bijoux Final imagine une manchette or, et Melinda Gloss une interprétation photo entre masculin et féminin.

– Pourquoi changer de ville à chaque édition du Cabinet de Curiosités?

Tout d’abord, il faut avouer que j’ai toujours eu la bougeotte. Lorsque j’étais journaliste, je voyageais énormément, mais les voyages de presse sont très courts : deux jours ou trois jours. Je me suis dit que ce projet était l’opportunité d’avoir une relation avec un pays plus approfondie, le temps d’une année.

J’ai par exemple voyagé 5 ou 6 fois en Thaïlande, afin de préparer un Cabinet de Curiosités là-bas. J’ai pu découvrir un peu le pays et sa culture, préparer une liste d’invités locaux, m’enrichir des différences culturelles et des sensibilités. Le projet a une véritable dimension internationale car le monde a changé de plein de façons, notamment au niveau de l’approche culturelle des gens. Aujourd’hui le design est une culture noble, au même titre que la littérature. C’est intéressant au final de participer au fait que tu l’ancres dans une région du monde, que tu le symptomatises.

– Tu as choisi Paris pour ton édition anniversaire, parce que tu en es originaire?

Oui, beaucoup de gens ici ont d’ailleurs trouvé ça bizarre. Le premier à Paris, c’était pourtant il y a déjà quatre ans. La ville a beaucoup changé durant tout ce temps et c’est intéressant de faire un constat sur toutes ces évolutions. Et puis celui de Bangkok a été éprouvant ! C’était comme logique pour moi de faire une pause après un tour du monde comme celui là, de plus à une date anniversaire. Je le recommence chez Colette, mais pour ne pas refaire exactement comme la première fois, je le développe aussi dans deux autres lieux : le Molière au 40 rue de Richelieu et aux Bains. Ce cinquième Cabinet de Curiosités propose donc un parcours.

– Cette oeuvre fait donc partie intégrante de ta personne?

C’est vrai que c’est un travail très personnel. Je sélectionne toujours les invités selon mes propres goûts et je me fiche complètement de savoir s’ils sont branchés ou connus. Ce qui m’intéresse d’abord ce sont leurs créations, ensuite qui ils sont, et enfin comment ils font les choses. Si ces trois facteurs me touchent, je leur propose une collaboration. Je les vois tous, je les connais tous, je vais tous leur rendre visite sur leur lieu de travail. On va déjeuner ensemble. Ce sont à chaque fois de vrais relations, pas juste un simple échange de mails.

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– Quelle destination a eu un impact particulier sur ton travail ou ta personne?

Peut être la Thaïlande. Mon copain japonais Massaya (co-fondateur de Kitsuné) m’avait prévenu en me disant lorsque l’on habitait là-bas : tu sais Thomas, fais-gaffe, tu vas expérimenter ce que c’est que le choc des cultures. Et effectivement, je l’ai expérimenté. C’est très différent d’y passer quelques jours pour un rendez-vous et des interviews, et y effectuer un travail sur une période d’un an. De plus, un travail qui a impliqué des engagements personnels et de nombreux corps de métiers. En Thaïlande, on a collaboré avec des diplomates, des designers-scénographes, des menuisiers, des charpentiers, avec des maîtres d’ouvrage, avec des boîtes de production… On a créé une oeuvre de 48 mètres de haut. On rentre dans le vif du sujet lorsque l’on monte un projet pareil, on réalise vraiment comment les gens fonctionnent au quotidien, les incompréhensions qu’il peut y avoir entre nos cultures, la manière dont les gens sont en tant que Thaïlandais comme toi tu peux être toi en tant que Français. Culturellement parlant ça a été à la fois le plus beau projet et à la fois éprouvant, un peu mon Apocalypse Now. J’ai mis mes tripes sur la table, comme à chaque fois.

– La Cabinet de Curiosités a-t-il fait évoluer ta vision du design et de la mode?

Bien sûr. Si j’ai développé ce projet, c’est aussi parce que je voulais devenir un acteur de ces domaines, être plus dans le faire que dans le ressenti ou le jugement. Quand tu es journaliste, tu vas voir les gens, tu les écoutes, et ensuite tu donnes un point de vue, tu émets une opinion qui est basée sur un ressenti. C’est rare lorsqu’un journaliste prend le temps de comprendre le pourquoi du comment. Si tu vas voir un designer, il va te parler de ses objets, de ses meubles. Mais généralement il ne te donnera pas de détails sur les difficultés rencontrées, les prestataires qui sont intervenus, sur comment s’est déroulée la démarche avec le client. Lorsque tu t’impliques dans un projet, ta perspective change forcément. Ca m’intéressait de voir les choses de ce côté là. Je voulais entretenir une relation plus proche avec les créatifs dans l’aspect faisabilité, fabrication et production des choses.

– Pour la prochaine édition, destination plutôt exotique ou occidentale?

J’aime faire les choses dans un ordre progressif, donc l’année prochaine je vais rester en Europe. Je vais aller à Milan parce que c’est une ville que j’aime beaucoup, ensuite j’irai à Los Angeles étant donné que le Cabinet des Curiosités est déjà passé par New York. Los Angeles c’est une ville que j’aime beaucoup et depuis toujours. J’avais d’ailleurs 20 ans la première fois que j’y suis allé. Etant cinéphile, il difficile de ne pas aimer Los Angeles. Et puis ensuite je repartirai en Asie. Pour achever un cycle en quelque sorte. Je monterai le dernier à Paris en 2020.

– Le dernier?

Oui, j’en aurai fait 10, de 2010 jusqu’à 2020. Une décennie.

– Ton oeuvre s’inscrira dans la postérité à partir de ce moment là?

Il y a un peu de ça oui. On verra, si jamais j’arrive à en faire dix, je pense qu’il y aura une légitimité à marquer la postérité.

Le Cabinet de Curiosités de Thomas Erber se déroulera du 23 novembre au 24 décembre chez colette, 213 rue Saint Honoré, aux Bains, 7 rue du Bourg l’Abbé ainsi qu’au Molière, 40 rue de Richelieu.
http://www.lecabinetdecuriositesdethomaserber.com/

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