Les tendances parisiennes

Paris FW printemps été 2016

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Paris. Ses avenues royales, ses palaces racés, ses passages romantiques. Paris, c’est aussi 9 jours de fashion week, plus de 90 défilés, des millions de journalistes, de stylistes, d’acheteurs et de personnalités du monde entier venus acclamer les plus grosses production de ce mois réservé à la mode. Cette saison, le lot de surprises était de taille: la maison Courrèges redéfile grâce à l’impulsion d’un nouveau duo, Alexander Wang fait ses adieux à la maison Balenciaga, Rick Owens nous grise avec sa nouvelle mise en scène incongrue. Lumière sur la semaine la plus attendue de cet automne.

Cette saison, la parisienne est une party-girl des plus délurées. Chez Balmain, la sensualité est exacerbée de par les coupes seconde peau, les silhouettes largement ajourées, la séductrice nocturne a désormais une coupe de champagne greffée à la main. Alber Elbaz rend cette mondaine plus joyeuse, plus colorée, et insuffle une grande dose d’humour comme à son habitude aux dictats de la nightlife. Le costume d’homme se porte pour sortir, les robes de bal se font transparentes et les pendentifs camée jouxtent broches strassées et noeuds de satin colorés. Un jeu androgyne en hommage à cette parisienne à qui la masculinité va si bien.

On la retrouve aussi chez Acne Studios où le blazer devient fourreau, la panne de velours s’associe avec des cuissardes, les formes sont délicatement dévoilées par les robes tubes en maille. Les nuits sulfureuses sont également au rendez-vous au défilé Nina Ricci: les robes droites s’encanaillent de transparence, le cuir rouge se porte à même la peau avec une certaine lascivité. La femme Saint Laurent, elle, s’amuse pourtant plus en festival que dans les clubs branchés. Hedi Slimane sort les bottes de pluie de leur torpeur casual et les agrémente de robes à cinq smics, bousculant une nouvelle fois les codes du chic conventionnel.

Le jour venant, la parisienne se transforme et devient un modèle de vertu. Finis les cocktails à la chaîne, les atmosphères enfumées des bars jouxtant l’abbaye de Saint Germain: place à la pureté. Miss Dior défile entre les delfiniums bleus, vêtue de robes fluides mais structurées. Le blanc irradie, les rayures se font sobres, le tout est raffiné, frais, la parfaite silhouette pour un week-end sur la côte Basque.

Pendant ce temps, dans le jardin Noguchi de l’UNESCO, futur rime avec allure. En présentant une collection des plus abouties pour Loewe, Jonathan Anderson nous livre sa version cristalline de la féminité, où le plastique remplace le cuir nappa et où l’or devient soleil. Immaculée, la blancheur virginale des pièces Balenciaga amène les dessous dessus, offrant une alternative presque streetwear aux nuisettes et autres tangas délicatement exécutés. Un au-revoir paisible du talentueux Alexander Wang à l’héritage de Cristobal.

La mode est nomade, les coupes sont monacales, le pèlerinage serait presque d’actualité au défilé Lemaire. Il en va de même chez Hermès, où l’ingénieuse Nadège Vanhee-Cybulski revisite le vestiaire féminin avec simplicité et grâce dans lequel le monochrome est roi, oscillant entre des nudes diaphanes ou des rouges et bleus solaires. La pureté se fait un peu plus gispy chez Chloé, comme une référence inoffensive à Woodstock où volants, rayures multicolores et denim font bon ménage.

Voyage dans une galerie d’arts primitifs de la rue Bonaparte pour Valentino, chez qui la jolie romaine amoureuse se transforme en guerrière tribale romantique. Des spartiates lacées aux détails reprenant les plus beaux atours des tribus aborigènes, l’interprétation réfléchie du safari racé est une réussite.

Enfin, trois des plus gros acteurs du luxe français ont livré un défilé unique, lançant les tendances plutôt que de les suivre. Pheobe Philo brouille les codes masculins-féminins chez Céline, de par ses nuisettes mêlant soie et laine à rayures tennis. C’est une femme de pouvoir qui défile, une working-girl en puissance, mais qui n’est pas insensibles aux pièces pourvues d’une certaine sensualité. De même pour Chanel, où encore une fois, la mise en scène est imposante, époustouflante. Une fois le Grand-Palais transformé en aéroport, les fidèles clientes de Chanel Airlines déambulent dans des tenus plus axées sur la technique que sur le stylisme général. Enfin, last but not least, la femme mi-manga mi-punk de luxe arpente le podium chez Louis Vuitton, telle une reine de la nuit digitale et désabusée au charme fou. Les imperméables monogrammés sont perforés, le cuir se mêle au lin, les perfectos se font pressionisme arty, un véritable ensemble hybride auquel Nicolas Ghesquière ajoute sa touche finale, rendant le tout on ne peut plus cohérent.


Le défilé Chanel Airways, signé Karl Lagerfeld.

Tantôt reine de la nuit, tantôt femme distinguée aux rêves nomades, la parisienne de l’été 2016 se joue habilement des genres créant un ensemble délicieusement magnétique. C’est grâce à ce renouvellement incessant et à une incroyable diversité de création que la fashion week de Paris reste et restera la manifestation la plus importante et reconnue en terme de vraie tendance. La suite en janvier prochain.

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