Les tendances au féminin

FW automne hiver 2016

Les tendances au féminin | FW automne hiver 2016 parisianisme magazine Balenciaga FW 2016 2017 (1)

parisianisme magazine Balenciaga FW 2016 2017

Le défilé automne hiver 2016 Balenciaga.

C’est un nouveau mois rempli de tendances, de renouveau, de bonnes et mauvaises surprises qui s’achève. Après New-York, Londres, Milan et Paris, l’heure du bilan a sonné. Et beaucoup de constats sont mitigés : même si l’avis général est plutôt positif, le manque de créativité et l’avènement d’une mode très commerciale sont plus que présent sur la scène internationale. Bien que New-York soit réputée pour ses défilés ready-to-buy, la femme oscillait cette saison entre working-girl désabusée et digne héritière des années 90 à la Demna Gvasalia pour Vetements. A Londres, le show était de la partie et le théâtrale ne prend pas une ride, twisté d’une bonne dose d’humour qui peut se vanter de dérider le first-row. Milan, éternelle capitale du savoir-faire, de la technique, de l’opulence, continue sur sa lancée sartoriale et dévoile néanmoins quelques nouveaux axes plus contemporains qu’à l’accoutumée. Enfin, Paris, pionnière parmi les pionnières de la silhouette, affirme plus que jamais son rayonnement absolu et réapparaît au devant de ses concurrentes, sans aucune ombre au tableau. Récit de quatre semaines mouvementées, de la grosse production à 5 millions à la plus intimiste des présentations.

Première tendance marquante : le retour de l’allure navy. Qu’on porte le caban oversize à la garçonne Rive Gauche comme chez Nina Ricci, plus ajusté et tribal chez Burberry, ou littéralement sorti du vestiaire militaire chez Tommy Hilfiger, c’est bien la pièce maîtresse de l’hiver prochain. Avec une petite préférence pour la version années 50 du maestro belge Dries Van Noten, qui ne cesse de réinventer le glamour avec brio.

Les rayures se font presque gothique, autant à New-York qu’à Paris. On assiste à un véritable défilé de créatures issues des plus grands chef d’oeuvre de Tim Burton chez Marc Jacobs, où le too-much n’arrive jamais à son paroxysme tant l’ensemble est brillamment composé. Capes bordées d’hermines, robes XXL en laine noire, maquillage morbide et matière ultra-luxe font de cette admiratrice du dark-side l’ambassadrice d’une nouvelle élégance. Chez Dries Van Noten toujours, une idée plus La Croisière s’amuse de la chose : le blazer a beau être rayé, les paupières noires, le tout est rehaussé de renard, et d’une bonne touche de chic équestre qui transpose la rebelle dans les plus opulents salons de Park Avenue. Paul & Joe joue le jeu du smoking soyeux à la Beetlejuice, et enflamme le podium d’un raffinement nomade néanmoins aristocratique.

Le défilé automne hiver 2016 Gucci.

On retrouve également un courant très BCBG, à la limite du style First Lady chez de nombreuses maisons. Oscar de la Renta, pointure du glamour made in Upper East Side, rend la soubrette encore plus éclatante que sa maîtresse, en témoignent les cols claudine blancs sur fond de robe en dentelle noire ajustée à la perfection. Un combo aussi prolifique qu’efficace. Le col claudine fait également son grand retour chez Michael Kors Collection, où il est associé à des étoffes à 5k et u brushing aussi impeccable que celui de Grace Kelly lors de ses apparitions publiques. Un twist sixties dynamise l’ensemble peut-être trop simpliste de base, mais qui séduit toujours autant. Même chose chez Carven, où la baby-doll monte d’un cran et devient femme, tout en gardant ses atouts de jeune fille naïve et insouciante. Les mini-robes en dentelle, les tons pastel et les allures joyeuses en sont la preuve.

La cape fait son grand retour dans les garde-robes du gotha, mais de manière très particulière : détournée. On la retrouve à la limite du pop-art chez Gucci, où des hordes d’étudiantes seventies s’emparent de sa version turquoise à sequin, avec une lavallière en trompe l’oeil bien sûr. Autre clin d’oeil au surréalisme couture, Josep Font dévoile une idée ultra-romantique de cette clé de voûte du vestiaire féminin. A volants, fleurie, en soie ou en taffetas, elle se fait plus aérienne que jamais et orne la tenue d’une jeune fille de sa poésie toute en subtilité. Plus radicale cette fois-ci chez Marni, où la power-woman des années 50 la brandit comme un ultime accessoire de séduction. Sculpturale, radicale, elle dynamise la silhouette tailleur-pantalon de ses lignes graphiques et apporte une certaine vivacité à une femme qui ne s’autorise que très peu de fantaisie. A l’inverse, elle est très discrète chez JW Anderson, et se superpose à même une chemise à plastron dans une optique à la limite de l’elfique.

Au niveau chaussures, les big boots prennent le dessus sur le siletto. On l’aime épaisse, à semelle crantée, dévorant les jambes faméliques des mannequins par leur imposante stature. Chez Vetements, elles jouent le jeu de l’oversize en vinyl, associées à une silhouette XXL, qui peine à être compréhensible sans pour autant perdre de sa saveur. Toujours chez l’avant-garde créative du moment, c’est chez Hood By Air qu’on la retrouve, en version chasse et pêche premium : hauteur mi-cuisse, cuir sellier et détails dévorés font de cette paire un ultime accessoire en phase de rentrer au panthéon des classiques. Enfin, c’est chez Opening Ceremony qu’elle est le plus bourgeoise, et se juchent sur 10cm de talons. On n’oubliera bien sûr pas de la porter sans robe tube, qui se prête merveilleusement bien à l’occasion, histoire de sortir le look Paris 16 dans les rues de Belleville.

Le carreau est le motif de la saison par excellence. Déjà repéré lors des pré-collections, il inonde les podiums dans toutes ses déclinaisons possibles. Chez Balenciaga, Demna Gvasalia l’utilise en tartan bouilli pour sa première collection, épousant à merveille les formes architecturées des robes et tailleurs en hommage à Cristobal. Une traduction sévère d’une féminité nouvelle et bien loin des clichés glossy. Victoria Beckham, lors de sa découverte des imprimés (l’ère du monochrome a l’air belle et bien terminée), le rend aussi graphique que possible, jouant avec les différentes mesures et motifs pour un rendu à la limite de la couture. Il s’apparente au vichy sur les blouses, à un cuir intrecciato sur les jupes boules. Chez Isabel Marant, on n’échappe pas au traditionnel manteau peignoir si cher à la créatrice, ceinturé cette fois-ci d’une ceinture en cuir aux allures d’attirail de shérif (encore?!). La version la plus proche du plaid si douillet qu’on ne quitte pas de tout l’hiver, un tabac commercial sans aucun doute.

Le retour du zip est également sur toutes les lèvres. Qu’il orne un col cheminée, porté sous un tailleur bar opulent et gansé de fourrure chez Dior, soit le détail clé d’un hoodie rebrodé de trèfles chez JW Anderson, ou porté comme l’accessoire ultime d’une working-girl en tailleur chez Boss Women, la fermeture emblématique des nineties se dévoile sous un tout autre jour et devient aussi racée qu’un détail en gros grain.

La femme de l’hiver prochain est plus sulfureuse qu’à l’acoutumée, et se joue des codes féminins en les réinterprétant de manière plus contemporaine. Pas de traduction littérale, de volumes transparents, de romantisme mièvre, mais un esprit combattant, parfois à la limite du sauvage, qui dynamise une industrie sombrant peu à peu dans la torpeur commerciale. Un nouvel atout de poids qui, nous l’espérons, se développera au fil des saisons à venir.

Les commentaires sont fermés.