Les clés d’une passion

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Majestueuse et ambitieuse, la Fondation Louis Vuitton dévoile enfin sa première exposition qu’elle a choisi de consacrer à l’art moderne et d’intituler Les clefs d’une passion. Si la Fondation a d’abord mis à l’honneur l’architecture de son vaisseau futuriste et son créateur Frank Gehry, elle n’avait effectivement pas encore fait preuve de son leadership en matière d’art contemporain et ce malgré le succès incontesté de ses premiers événements comme le concert de Lang Lang ou l’exposition Contact dédiée à Olafur Eliasson. Cette nouvelle exposition s’annonce somme toute comme le fruit d’une nécessité et sans aucun doute comme l’objet de la mission de la Fondation, si bien que dans sa communication elle est expressément définie comme étant la troisième phase de son inauguration.

Fort de son excellence dans le luxe, Bernard Arnault a su une fois de plus frapper fort en démontrant que la Fondation Louis Vuitton serait à la hauteur des grandes ambitions qu’il a placé en elle. C’est en réalisant l’irréalisable qu’il affirme au monde entier que la Fondation ne saura se résumer à un symbole d’architecture contemporaine. Le spectacle se joue aussi à l’intérieur : avec Les clefs d’une passion, le public peut se forger ou aiguiser ses connaissances en découvrant au fil d’un parcours unique, les principales oeuvres qui ont façonné l’art moderne. Comment imaginer réunir plus de soixante chefs d’oeuvre qui, à eux seuls, suffisent à faire tourner les billetteries des musées les plus prestigieux ? De toute évidence, l’influence et le rayonnement du groupe LVMH ainsi que l’expertise de ses collaborateurs ont joué un rôle décisif dans le succès d’une telle entreprise. Depuis sa création, la Fondation entendait collaborer avec les institutions culturelles et muséales du monde entier pour mettre en œuvre son projet culturel. Les négociations qu’elle a dû mener pour constituer sa nouvelle exposition sont manifestement la matérialisation de cette promesse : la Tate Modern de Londres, le Munch Museum d’Oslo, le Guggenheim et le MoMA de New York, le Musée Pouchkine de Moscou, le State Russian Museum de Saint Pétersbourg, notre cher Centre Pompidou et bien d’autres encore ont chacun apporté au moins une pièce à l’édifice.

L’ancienne directrice du Musée d’Art Moderne de Paris explique par ailleurs qu’il s’agit d’un travail de longue haleine auquel il convient d’ajouter patience et détermination. Elle ne cache pas croire aux miracles et visiblement elle participe à leur réalisation. Certains l’on peut-être oublié mais depuis son vol en 2004, le Cri de Munch s’était cantonné à la Norvège et hors de question de quitter le territoire. Pourtant, vous le découvrirez, beaucoup pour la première fois, dans le fabuleux navire Louis Vuitton. L’exposition obtient donc cet avantage particulier de pouvoir satisfaire à la fois la curiosité du grand public et les appétits élitistes des experts puisqu’aux côtés des œuvres majeures de cette période sont suspendues certaines moins connues mais tout aussi remarquables.

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Henri Matisse, la Danse, 1909-1910, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage. 

Imaginée en quatre séquences distinctes, cette exposition a pour objectif d’interroger la notion d’icône à travers ce lien subtil qui unit Art et Histoire. Serge Lemoine, ancien directeur du Musée d’Orsay, comprend l’icône comme une image qui s’impose au premier regard, que l’on reconnaît sur-le-champ et qui possède un fort contenu plastique et visuel en plus du sens qu’elle peut receler et c’est en ce sens que les œuvres choisies pour les Clefs d’une passion seraient iconiques puisque par la simplicité apparente des formes et des lignes qui les composent, leur lecture et leur compréhension sont quasi automatiques. Le parcours de l’exposition a donc été pensé pour relater l’histoire de la modernité par l’intermédiaire de ces œuvres emblématiques de la première moitié du XXème siècle. Le spectateur débute son expérience par une séquence consacrée à l’expressionnisme subjectif, séquence dans laquelle il est confronté aux plus belles toiles d’Alberto Giacometti, Edvard Munch, Francis Bacon, Kasimir Malévitch ou encore d’Otto Dix. Ce courant va susurrer à l’oreille du spectateur ces fameuses questions existentielles que tout à chacun s’est déjà posées : la vie, la mort, l’angoisse, quel sens leur peut-on leur donner ? L’exposition se poursuit ensuite dans une dimension plus contemplative dans laquelle l’émotion demeure néanmoins omniprésente. Ce sont à présent les travaux de Claude Monet, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Ferdinand Hodler, Constantin Brancusi, Emile Nolde et même de Mark Rothko qui ornent la salle. Cette séquence offre un regard multifocal sur les différentes évolutions de ce courant où coexistent désormais représentations de la nature et formes abstraites. La troisième partie est quant à elle centrée sur cette étonnante période popiste, période empreinte d’une modernité particulièrement dynamique avec le développement d’éléments majeurs tels que les médias, le sport ou encore les buildings. Ces éléments se retrouvent justement dans les différents travaux de Picabia, de Delaunay ou bien dans ceux de Léger comme les Constucteurs à l’aloes (1951). L’exposition s’achève sur une note musicale avec une ultime séquence entièrement dédiée à la musique. Pour illustrer celle-ci, quelle meilleure façon que d’inviter Matisse, Kandinsky, Severini et Kupka ? Il s’agira à ce stade du parcours d’appréhender cet étonnant rôle que joue la musique dans le processus créatif de ces artistes et la relation qu’elle entretient avec eux.

Conclusion, si l’association art-luxe est parfois mal perçue par l’opinion, il convient toutefois de reconnaître sa pertinence. Des projets d’une telle envergure n’aboutiraient certainement pas compte tenu de certaines contraintes géopolitiques que seuls d’incroyables réseaux professionnels transnationaux peuvent contourner.  Au terme des Clefs d’une passion, les impressions sont sans aucune surprise unanimes et elles sont également partagées par les digital natives qui avouent en fin de compte que l’art c’est tout de même bien mieux en vrai ! La Fondation Louis Vuitton prouve en effet que la consommation culturelle online, notamment par le biais de Google Gallery n’a plus aucun intérêt lorsque les plus beaux trésors sont à portée de main. À voir donc en vrai, du 1er avril au 6 juillet 2015.

FONDATION LOUIS VUITTON
8 Avenue du Mahatma Gandhi, 75116 PARIS.
Jusqu’au 6 juillet

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