Alexander McQueen & John Galliano

Destin croisé

Alexander McQueen & John Galliano | Destin croisé Caged Couture: Edie Campbell For Alexander McQueen's Fall 2013 Campaign

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Maisons renommées, prestige, talent, élégance, beauté et magie, voilà bien des mots que l’on utiliserait volontiers pour décrire ce fameux milieu qu’est la mode. Si l’on ne peut contester qu’il attire le regard et suscite le désir de plus d’un, gardons en tête que chaque chose illuminée comporte une face obscurcie et qu’il n’y a aucune raison pour que la mode fasse figure d’exception. C’est d’ailleurs ce que mettent en exergue de nombreuses oeuvres biographiques comme les récents films sur la vie d’Yves Saint-Laurent : derrière ce génie de la couture, se cachaient de profondes déchirures. Et cette histoire dramatique de l’un des plus grands couturiers de tous les temps ne fait pas figure d’exception dans un milieu caractérisé par un quête acharnée de la perfection et soumis aux exigences mercantiles de l’industrie. Cette extraordinaire pression finit souvent par emporter les créateurs dans des tourments profonds, dans de sempiternelles angoisses. C’est ce que Dana Thomas, journaliste au New York Times Style et correspondante en France du Harper’s Bazaar Australia, décrit et analyse dans son très remarqué  Gods and Kings : The Rise and Fall of Alexander McQueen and John Galliano.

Elle présente les portraits de deux destins croisés, figures contemporaines de la couture : Alexander McQueen et John Galliano. Dans son ouvrage, la journaliste se concentre surtout sur le décryptage de leur côté obscur – conséquence directe d’une crainte de l’échec – elle-même conséquence de la pression inhérente au métier de directeur artistique et aux conséquences d’une notoriété exponentielle. On se souvient d’ailleurs de ces scandales et révélations autour de l’éternel leitmotiv « sex, drug and alcohol », menant l’un à la mort, l’autre à la déchéance. En effet, en à peine douze mois, Alexander McQueen s’est suicidé, et John Galliano a implosé professionnellement sous l’emprise de l’alcool. Qui était à blâmer ? Et comment la mode a-t-elle été marquée par leur ascension fulgurante et leur chute ? Dana Thomas, qui a interrogé plus de cent personnes proches des deux concepteurs, tente de répondre à ces questions et décrit leur vie en détail. Soulignant leurs similitudes et leurs différences de tempérament, de charisme et de style, elle explore à la fois leur talent individuel et la nature changeante de la mode au cours des années 80, 90 et 2000. Avec ce livre, Thomas prouve que McQueen et Galliano voulaient révolutionner la mode comme jamais depuis des décennies. Cette noirceur, cet instinct de mort décrite tout au long du livre fait d’ailleurs partie de leur génie et va imprégner certaines de leurs collections les plus mythiques en les érigeant en véritables oeuvres artistiques. Citons par exemple l’Atlantis de Platon, dernière collection de McQueen, qui nous a livré à travers ses ultimes silhouettes une vision mélancolique et inquiète du présent comme de l’avenir.

La dernière collection présentée par Alexander McQueen, l’Atlantis de Platon.

C’est de l’autre côté de la Manche que vous pourrez découvrir l’exposition Alexander McQueen : Savage Beauty, au Victoria & Albert Museum de Londres. Franc succès à New-York, elle propose de découvrir l’univers créatif du designer à travers des pièces de collection – accessoires et vêtements – de quoi satisfaire aussi bien les adeptes que les curieux. Rendez-vous en gare de Saint-Pancras entre le 14 mars et le 2 août.

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GODS AND KINGS
Dana Thomas
Penguin Press

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