Les Tendances Masculines

Paris FW automne hiver 2016

Les Tendances Masculines | Paris FW automne hiver 2016 parisianisme magazine vuitton aw16

parisianisme magazine men fashion week tendances aw16Photographie signée @Philippe Mori.

Moins intense que celle de la femme, néanmoins souvent plus révélatrice sur beaucoup de points, la semaine de la mode masculine s’est installée à Paris du 20 au 24 janvier. Incontournable pour l’ensemble du gotha mode, l’évènement qui rythme les jours (et les nuits) de la capitale française six fois par an n’a pas échappé à la règle. Si bien que cette saison, il était beaucoup plus intéressant d’être un homme : les petits nouveaux, les gros poids lourds de l’industrie du luxe, nombreux sont ceux ayant fait l’effort de livrer leur vision édulcorée du mâle contemporain, sans fioritures et avec juste ce qu’il faut de théâtral. Du basique revisité au virage exotique en passant par l’incontournable preppy boy, retour sur cinq jours qui ont bousculé les codes du vêtement, et par conséquent l’agencement de votre garde-robe d’ici quelques mois.

Pour l’hiver prochain, l’homme sera viril. Oui, cela peut sembler bien simpliste comme vision, mais tous les signaux indiquent un retour vers la testostérone assumé. Tel un prisme de l’allure masculine, les grands acteurs de la mode prônent un certain retour aux fondamentaux du menswear qui passe par quelques tendances marquées. Le bespoke se revisite à la sauce dandy coloré, mais sans aucun artifice superflu, comme chez Sacai ou Paul Smith, qui met à l’oeuvre son sens inédit de l’associations des couleurs pour un homme qui n’a pas peur d’afficher sa différence. Les manteaux aux lignes sartoriales prennent le pli color-block, tantôt en monochrome, tantôt rayés, et s’associent avec pull camionneurs, chemises cintrées et chinos de la même sorte. Ainsi, le vert pomme côtoie le burgundy, le tout parfois réhaussé de motifs cachemire brodés à même le tissu. Même allure guillerette chez Julien David, qui ose la couleur presque interdite : le rose bubble-gum. Porté en touche, mêlé à du gris chiné et du bleu effet délavé, la teinte normalement proscrite trouve aisément sa place dans l’ensemble. Les silhouettes de samouraïs contemporains s’habillent de jersey, de néoprène et de jean dans une joyeuse symphonie, et rendent ses lettres de noblesses aux influences asiatiques ici très maîtrisées.

Plus poétique cette fois-ci, le lord anglais revient d’une bataille contre le mauvais goût chez Dries Van Noten. C’est sous les dorures de l’Opéra Garnier que les guerriers de luxe imaginés par le maître flamand défilent avec aisance et distinction. Broderies, étoffes digne des plus grandes fêtes des roaring thirties, coupes oversize assumées sont ponctuées de fourrure et de coupes efficaces, tendant à faire basculer l’uniforme dans un style ultra-portable des plus désirables. Toujours dans cet esprit army, le collectif Etudes fait le portrait d’un homme plus underground mais tout aussi sûr de lui : les cabans XXL se parent de harnais parachute, le pantalon de costume taillé à la perfection se porte avec des rangers, et les matières Savile Row prennent des formes raw, à la précision chirurgicale. Et dans la version grand luxe, on annonce le grand retour du maître en a matière, à savoir Kim Jones pour Louis Vuitton. Véritable pionnier du mélange des genres, le créateur britannique appose à sa collection automne-hiver une prose enchanteresse, entre incitation au voyage et pris d’arme premium. De la parka en shearling loose, mais toujours très chic, aux bombers multi-zips taillés de manière architecturale, le militaire est élevé au rang d’icône de mode et exhibe son potentiel allure ultra développé.

Le défilé Dior Homme automne hiver 2016.

Dans le registre plus sauvage cette fois-ci, Lucas Ossendrijver rend à l’homme Lanvin toute sa fougue et sa puissance. Coïncidant avec ses 10 ans de création pour la maison, le créateur nous livre l’une de ses plus belles collections, aux références dandy marquées, mais à la liberté assumée. C’est les cheveux longs, le teint pâle et les muscles rugissants que le mâle vu par la maison française se pavane, tantôt vêtu d’un long manteau ceinturé à la taille, tantôt arborant le perfecto en agneau retourné affublé de franges aux allures punk. Ode à la youth-culture également chez Dior Homme, à croire que les maîtres flamands se sont donnés le mot. Kris Van Assche dévoile un adulescent, entre âge de raison et racines puériles, qui arpente le pavé lesté par une silhouette graphique, toute en souplesse. Un rider, un skaterboy, telles sont les principales inspiration du créateur pour cette saison : les pantalons baggy se parent de motifs historiques de la maison tandis que les clés de voûte du casualwear s’entichent de matières opulentes, comme le poulain, le cachemire double face ou encore le cuir nappa. Dans la lignée de cette mode à fleur de peau, on retrouve également Berluti, chez qui Alessandro Sartori encanaille le businessman d’une allure nonchalante et magnétique. Sur le podium, les mannequins portent le costume trois pièces chemise ouverte, exhibent leurs tatouages tribaux, et font briller leurs souliers en cuir Venezia estampillés d’un serpent pour certains. Badass’ peut-être, mais distingué, toujours.

Dernier phénomène repéré sur les catwalks parisiens, le new-normal. Maîtrisé par les mastodontes du minimalisme, il refait surface de manière tout à fait inédite : l’allure est classique mais le détail qui tue fait toute la différence. Chez Acne Studios, c’est la chaussure qui détonne. Chaussette en cachemire d’apparence, une semelle presque invisible est intégrée à l’intérieur ainsi que sur certaines parties extérieures pour un résultat à la limite du visionnaire. Outre ce parti pris futuriste, on remarque aussi la réinvention grand cru des classiques chez Hermès, pour qui Véronique Nichanian, figure de proue de l’élégance masculine, use de ses talents illimités pour sortir une silhouette nette, racée, et sans aucun doute à l’apogée du style. Les pulls à maille câblée se teintent de nuances rouges, couleur phare de la saison, tandis que les blousons en cuir souple se zippent par les deux côtés.

Et comble du chic, les runnings sont remis au goût du jour grâce au travail des matières maison : du cuir Taurillon, des empiècements en mesh et de la maille technique finalisent ces nouveaux objets de désir. Last but not least, le label Ami clôture cette semaine avec des silhouettes qui peuvent se vanter de mettre tout le monde d’accord : de l’oversize, du volume, du graphisme et en amont des matières ultra luxe, comme le chameau des manteaux croisés camel ou le jersey mixé au cachemire pour les joggings réinterprétés version pantalon de ville. Les doudounes satinées et le velours côtelé finissent de parfaire la panoplie rêvée pour une soirée en terrasse dans le 3e arrondissement, mettant en scène le parisien ambassadeur d’un nouveau cool, qui ne laisse pas pour autant l’élégance de côté. L’homme est devenu le nouveau sujet de conversation préféré des pages modes des magazines. Qu’il soit plutôt sauvage, teenager en devenir, ultra-sophistiqué ou encore à la limite de l’assaut, il est homme, pour commencer. Et c’est peut-être ce qu’avait perdu de vue les créateurs, à coup de collections androgynes où le mot masculin perdait tout son sens. Lancée à Paris, suivie par les autres capitales, la virilité revient sur le devant de la scène, au grand bonheur de tous les aficionados du style. Un début prometteur pour les saisons à venir, ne laissant présager que de bonnes augures pour le menswear.

Les commentaires sont fermés.